MANIFESTE

L’art est arrivé dans ma vie comme un espace de survie. Je viens d’une famille modeste ; le climat de mon enfance était morne, parfois violent. La découverte de l’art m’a permis de rencontrer un espace de liberté inaliénable. Là où le réel semblait parfois sans issue, l’art ouvrait une brèche. Il ne supprimait pas la violence, mais permettait de l’affronter autrement, de la déplacer, de la transformer.

J’ai choisi la mise en scène parce qu’elle est un art total, qui permet de faire vivre des matières, des disciplines, des corps, des espaces, des temporalités multiples, de penser ensemble ce qui est souvent séparé.

Mon travail naît ainsi d’une volonté de créer des espaces à la frontière du théâtre, de l’art contemporain et de la performance. Des espaces qui ne cherchent pas à choisir entre ces pratiques mais à les faire dialoguer et entrer en tension.

Je cherche à réunir trois strates de réception chez le spectateur : émotionnelle, physique et intellectuelle. Je désire que l'expérience traverse les corps avant d’être comprise. Qu’une image puisse agir avant de signifier. Qu’une sensation puisse ouvrir une pensée. Je crois au théâtre comme lieu de transformation.

PRINCIPES DE TRAVAIL

L’espace plastique et technique de mes créations existe en amont de la présence des corps. Je construis d’abord un monde, un environnement dans lequel les interprètes pourront ensuite entrer. Les acteur·ices ne viennent pas simplement occuper un décor : iels viennent rencontrer un espace qui possède sa propre autonomie, ses propres tensions, sa propre mémoire.

L’écriture de mes spectacles débute ainsi bien avant les répétitions. Elle se développe en amont, dans la solitude de mon espace de travail. Je cherche, j’assemble, je fabrique des images, des matières, des rythmes. Je pense par associations, intuitions, collisions.

Mathilde Waeber, directrice artistique de RÊVER L’OBSCUR